Les groupes d’épargne: VICOBAs et MUSOs, quelles caractéristiques pour quel impact ?

Marco Pasini

Expert in rural microfinance

Les groupes d’épargne: VICOBAs et MUSOs, quelles caractéristiques pour quel impact ?

Depuis quelques temps, l’inclusion financière apparaît comme une priorité du secteur de la microfinance, en tant qu’outil de développement social et économique. Plusieurs initiatives ont ainsi été mises en œuvre, telles que la création et la diffusion d’une base de données mondiale sur l’inclusion financière (FINDEX), qui sert de référence aux gouvernements et aux différents acteurs du secteur de la microfinance.

Bien que l’inclusion financière représente une évolution positive en elle-même, son impact sur la vie des utilisateurs varie en fonction de la façon dont elle est mise en œuvre. Les groupes d’épargne, dans leur grande diversité, sont un outil d’inclusion financière très puissant et largement diffusé, et ainsi un point de départ pertinent pour l’analyse du phénomène d’inclusion financière.

Tout au long de cette discussion, nous essayerons d’identifier les effets des groupes d‘épargne sur la vie des participants. Nous pouvons en identifier trois principaux : la redistribution de revenus, l’accumulation de ressources (épargne) et le renforcement du capital social. C’est trois effets varient en fonction de la méthodologie adoptée par le groupe, et nous allons illustrer cela grâce à deux exemples.

Parmi la multitude de groupes d’épargne, tous différents les uns des autres (tontines, VSLAs, groupes informels, etc.), nous avons sélectionné deux exemples : les banques communautaires villageoises ou VICOBAs, typiques de la Tanzanie et les mutuelles de solidarité, ou MUSOs, à Haïti. Ces deux modèles ont peu en commun, si ce n’est qu’ils sont d’origine locale et non importés par une organisation internationale.

Les VICOBAS sont similaires aux ASCA, (Accumulating Savings and Credit Association). Les membres se retrouvent régulièrement (de façon hebdomadaire ou mensuelle), et achètent des parts à chaque réunion en épargnant leur argent. Les membres ont la possibilité de prendre un prêt, qu’ils rembourseront en 3 ou 6 mois, avec taux d’intérêt (autour de 5%). Généralement, tous les membres souscrivent à au moins un prêt au cours de l’année et c’est même obligatoire dans certaines VICOBAs. A la fin de l’année, les membres touchent leur épargne et  les intérêts sont redistribués entre tous les participants, soit en parts égales, soit en fonction des parts que possèdent les membres soit en fonction des intérêts qu’ils ont payé au cours de l’année. Une petite partie du capital est conservée au sein du VICOBAs afin de faciliter le départ des activités au début de l’année suivante et de couvrir les quelques frais du groupe. Que cela signifie-t-il pour les membres du groupe ? Les VICOBAs représentent pour eux la possibilité attractive d’accumuler des ressources régulièrement. Le taux d’intérêt ne représente pas un coût réel pour les membres, mais davantage un moyen d’accumuler du capital qui sera ensuite redistribué à la fin de l’année. Ainsi, même les 10% parfois pratiqués paraissent acceptables. Pour autant, cela ne va pas sans poser de problèmes, car il arrive que des membres prennent un prêt sans en avoir besoin, mais parce que c’est possible, voire obligatoire, et sans savoir comment ils le rembourseront une fois l’argent dépensé, souvent immédiatement.

Tous les membres des VICOBAs sont logés à la même enseigne. Leur situation varie en fonction des parts qu’ils achètent (mais dont le prix reste le même), et du montant des prêts qu’ils prennent, lequel est soumis à une limite et ne doit pas dépasser trois fois le montant des parts détenues par l’emprunteur. Il existe un réel effet de redistribution au sein des VICOBAs qui distribuent les revenus annuels de façon égale entre tous les membres, sans tenir compte des parts qu’ils possèdent.

Une variation dans le modèle, qui peut sembler mineure aux yeux d’un observateur extérieur, peut en fait complètement changer la donne pour les membres des groupes. Les mutuelles de solidarité (MUSOs) haïtiennes, fonctionnent de façon relativement similaire au modèle standardisé des VSLA (Village Savings and Loan Groups), que promeuvent plusieurs ONGs internationales telles que CARE, CRS ou Plan. Les membres se rencontrent toutes les semaines et cotisent au moyen de trois caisses: la caisse verte pour l’épargne, qui constitue les fonds disponibles pour les prêts ; la caisse rouge, qui est un fond d’urgence mis à disposition des membres qui en ont besoin ; et la caisse bleue pour les transactions financières avec l’extérieur, comme par exemple des prêts souscrits par le groupe auprès d’une banque, les donations reçues ou les fonds destinés à un investissement social. La différence essentielle étant qu’à la fin de l’année, le contenu des caisses n’est pas distribué entre les membres. Le capital demeure au sein de la Mutuelle de Solidarité, et croît au fil des années. Cela modifie la signification des transactions qu’effectuent les membres du groupe. Ainsi ils accumulent des fonds à travers leurs cotisations, non pas pour les récupérer à la fin de l’année mais afin de créer un capital, qui permet aux tous les membres de souscrire à un prêt, dans un contexte d’exclusion des services financiers traditionnels. Le taux d’intérêt est alors un réel coût pour chaque membre, mais ils sont généralement inférieurs aux taux du marché, étant donné que la Mutuelle de Solidarité ne paye pas de loyer de l’argent.

La capacité du groupe à travailler ensemble sur le long-terme (au-delà d’un an) transforme le groupe d’épargne en outil d’investissement. Il n’y a pas de bon ou de mauvais modèle, c’est une question de choix, de besoins et de compétences. De petites variations dans la manière dont les gens sont inclus financièrement peuvent modifier complètement l’impact de cette inclusion sur leur vie.

Qu’en est-il du capital social ? Au sein des groupes d’épargne, il dérive des réunions régulières et des échanges entre pairs. Le fond d’urgence (obligatoire pour les MUSOs, optionnel au sein des VICOBAs) renforce la solidarité entre les membres. La composition des groupes influe sur la cohésion sociale. Les liens peuvent être très serrés, si par exemple les membres exercent des professions similaires (commerçants, tailleurs, paysans etc.), ou s’ils sont voisins, ou plus lâches si le groupe est ouvert à toute personne vivant dans les environs. Plus les membres partageront les mêmes besoins et valeurs, plus ils auront un comportement financier positif et responsable au sein du groupe et plus l’impact sur la communauté sera important (à travers de potentiels investissements sociaux par exemple). Il en est de même pour les groupes qui furent construits autour d’un premier besoin de coopération, et pour lesquels les services financiers furent ajoutés a posteriori.

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