La Sicile: a country for young people?
Les millénials (nés entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) prennent peu à peu conscience que leurs vies seront différentes de celles de leurs parents, les baby boomers. Leurs ambitions furent frappées de plein fouet par la crise économique et financière de 2007-2008 et leurs parcours de vie seront affectés par la crise environnementale, qui remet en cause beaucoup d’aspects de la vie, jusqu’ici pris pour acquis par les générations précédentes. Certains millénials bénéficieront de ce monde constamment en mouvement et réussiront à inventer de nouveaux modes de vie et de travail. D’autres souffriront de ces circonstances et resteront en retrait, à cause de leur milieu socio-économique, de leur parcours migratoire, de leur situation géographique ou de leur genre.
Les jeunes les plus affectés par ce phénomène de déclassement social sont les NEETs : Neither in Employment nor in Education or Training. En Sicile, ils représentent 38,6% de la population, d’après les données Istat de 2018[1]. L’écart entre la Sicile et le reste de l’Italie (19,5% dans les régions du centre et 15,5% dans le Nord du pays) ainsi qu’avec l’Europe en général (16,9%) est considérable et soulève des questions importantes.
Si un faible niveau d’instruction permet généralement d’expliquer en partie le taux de chômage, pour les NEETs la situation est plus complexe, et ce particulièrement en Sicile. Parmi les NEETs, 49% ont un diplôme de l’enseignement secondaire, 11% détiennent un diplôme universitaire ; les 40% restant ont un niveau d’instruction plus faible. Ainsi d’autres facteurs doivent être étudiés afin d’expliquer la situation. En Sicile par exemple, l’inefficacité du marché du travail et la complexité du système socio-économique sont des facteurs cruciaux à prendre en considération.
Depuis 2019, Microfinanza Srl fait partie au projet YES!, financé par l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège à travers le EEA and Norway grants fund for employment, dont le but est de promouvoir l’entreprenariat et de permettre aux jeunes chômeurs d’accéder au marché du travail.
Young entrepreneurs succeed (YES!) repose sur un partenariat entre huit institutions publiques et privées originaires d’Allemagne, de Grèce, d’Italie, de Pologne, d’Espagne et du Royaume-Uni, ayant une grande expérience dans la promotion de l’entreprenariat auprès des jeunes chômeurs. YES! fournira à des NEETs Grecs, Polonais, Italiens et Espagnols différents services pour les aider à lancer leur activité professionnelle ou à s’insérer sur le marché du travail, tels que :
- Formation
- Coaching
- Accès aux services financiers
- Tutorat
En Juillet 2019, à Palermo, nous avons commencé à interviewer les premiers bénéficiaires potentiels – correspondant tous à la définition de NEETs – qui participeront aux premières activités de formation et de coaching. Au vue des données déjà disponibles et des recherches effectuées sur cette catégorie de jeunes, nous nous attendions à rencontrer des jeunes répondant aux critères suivant : faible niveau d’instruction, n’étant pas activement à la recherche d’un emploi, faible niveau de compétences et n’essayant pas activement de changer sa situation économique et sociale.
À notre grande surprise, pour notre premier groupe, la situation fut tout autre. Ainsi :
- Plus de 55% des NEETs interviewés avait un haut niveau d’instruction (Bac +3 ou +5), les 45% restant avait un diplôme de l’enseignement secondaire ;
- Tous étaient activement à la recherche d’un travail depuis la fin de leurs études, et certains étaient même prêts à faire des compromis et accepter un travail qui ne leur plaisait pas.
- Tous voulaient rester en Sicile et ne cherchaient pas de travail à l’étranger.
Parmi eux, 67% ont demandé à être aidés dans leur recherche d’emploi. 32% avaient une idée d’entreprise et voulait être assurés que leur projet était économique viable. Nous leur avons demandé pourquoi ils voulaient devenir entrepreneurs et lancer leur entreprise. Les réponses les plus sélectionnées étaient :
- “Parce que je pense que la Sicile a un grand potentiel et que de nombreuses choses peuvent être mises en place“
- “Parce que si c’est un moyen de rester en Sicile en faisant quelque chose qui me plait, je suis prêt à prendre le risque. “
- “Parce que je veux lancer une activité pour moi mais également pour créer des opportunités d’emploi pour d’autres jeunes“.
Nous leur avons également demandé s’ils se reconnaissaient dans la définition de NEET: ce ne fut le cas pour aucun d’entre eux, ils trouvent même ce terme blessant.
« NEET » est un terme générique et doit être utilisé avec la plus grande attention. Il peut être utile pour des analyses au niveau macro mais ne saisit pas la complexité de la situation. Ils existent beaucoup de variations au sein des NEETs en terme d’âge, de régions, de niveau d’éducation et ainsi de suite. Le fait qu’un terme générique existe ne signifie pas qu’il y a une solution unique aux problèmes rencontrés par les NEETs. Comme expliqué plus haut, en Sicile, les raisons du chômage sont propres à la région et ainsi une initiative qui a pu fonctionner dans une autre région du monde ne répondra pas nécessairement aux problématiques locales. Ainsi, il est absolument nécessaire de ne pas mettre ces jeunes dans une case mais de proposer à chacun d’entre eux des parcours adaptés. Un des objectifs du projet YES! est de permettre aux bénéficiaires d’exprimer leur potentiel tout au long du projet.
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